Ganghwa (1ère partie) : le temple Jeondeungsa

Publié le par yann ourry

Ganghwa est une île située à l'ouest de Séoul, dans la mer Jaune. De dimensions moyennes (environ 30 km sur 15 km), accessible facilement depuis Séoul grâce à un pont, cette île possède une longue histoire, de nombreux attraits et mérite une visite. Bien connue des Coréens, cette île est rarement visitée par les touristes étrangers, ce qui me semble dommage.

L'histoire de l'île de Ganghwa est un concentré de l'histoire de la Corée. Beaucoup d'évènements de l'histoire coréenne se sont produits sur son sol. Les dolmens, présents en très grand nombre, sont les témoins d'une occupation humaine très ancienne. La fondation légendaire de la Corée se serait déroulée à Ganghwa, en 2333 avant Jésus-Christ (voir le prochain article sur le mont Manisan). Au 13e siècle, l'île est victime des invasions mongoles. Ganghwa est la capitale de la Corée (royaume Koryo) de 1232 à 1270. Pendant ce même siècle, les tablettes de bois du Tripitaka Koreana (j'espère détailler dans un futur article sur le temple Haeinsa) sont en partie réalisées sur l'île de Ganghwa. Plus tard, en 1866, la première guerre opposant les Coréens et les occidentaux (des Français) a lieu toujours à Ganghwa.

De cette longue histoire, Ganghwa a conservé de nombreuses curiosités, comme les nombreux dolmens, les vestiges de la forteresse Chojijin, le temple Bomunsa (sur l'îlot Seogmo dépendant de Ganghwa à l'ouest), mais je vous propose de découvrir plus précisément deux sites que j'ai visités et que j'ai beaucoup appréciés : le temple Jeondeungsa et le mont Manisan. Ces deux sites peuvent être visités en une journée en partant de Séoul le matin. Voici dans un premier temps Jeondeungsa, je rédigerai ensuite un deuxième article sur Manisan, haut lieu de l'histoire de la Corée.

Jeondeungsa est le plus ancien temple de Corée. Cependant, comme la plupart des temples coréens, Jeondeungsa a souffert de nombreux incendies. La construction en bois dans un pays régulièrement victime d'invasions permet rarement aux monuments de se maintenir de nombreux siècles. Les différents bâtiments ont donc été plusieurs fois reconstruits. Jeondeungsa est un petit temple, constitué de bâtiments modestes, mais l'ensemble possède un charme indéniable dans un cadre paysager très plaisant.

 






























Le temple Jeondeungsa s'appelait Jinjongsa à l'origine, il a été fondé en 381 après Jésus-Christ par Ado Hwasang, connu pour avoir introduit le bouddhisme en Corée. Jinjongsa est à nouveau mentionné dans un texte en 1259. Jinjongsa est agrandi en 1266 et il est renommé Jeondeungsa en 1282. Un incendie en 1614 détruit tous les bâtiments. Le temple est reconstruit en 1621 et il bénéficie ensuite de la protection de la dynastie Joseon.


Sur le chemin menant au temple, un monument commémoratif a été érigé en l'honneur du général Yang Heonsu, qui a repoussé la flotte française en 1866. L'origine du conflit est le massacre de neuf missionnaires chrétiens français par les Coréens, hostiles alors à toute présence étrangère. Une flotte française, venue de Chine, débarque en Corée en guise de représailles. Les Français occupent Ganghwa pendant environ un mois. Puis, devant l'arrivée en masse de troupes coréennes conduites par le général Yang, les troupes françaises sont contraintes de quitter les lieux. Ce conflit est considéré en Corée (aujourd'hui encore) comme une grande victoire contre les envahisseurs. Lors de l'occupation de Ganghwa, les Français ont subtilisé de précieux documents d'archives, aujourd'hui conservés aux Archives de France. Malgré les demandes du gouvernement coréen, la France n'a pas rendu les documents. Ce différend laisse un léger froid dans les relations franco-coréennes et les Coréens pensent souvent à en faire le reproche aux Français (mais sans aucune animosité).

Après avoir gravi un petit escalier et être passé sous le bâtiment d'entrée, appelé Daejoru, on se trouve devant le bâtiment principal, dénommé Daeungjeon. Comme tous les bâtiments du temple, Daeungjeon a été détruit en 1614, puis reconstruit en 1621. De petite taille, il possède un décor très riche et il est considéré comme un des plus beaux exemples de l'architecture du milieu de l'époque Joseon. De plan carré, il est composé de trois travées en façade et trois travées sur les côtés. Posées sur un soubassement en pierre, des colonnes en bois supportent l'imposante charpente qui présente de nombreuses sculptures, notamment d'animaux. La forme de la toiture, avec une légère courbure, donne au bâtiment une élégance rare. Trois statues de Bouddha sont situées à l'intérieur du bâtiment.



 

 




























Sur la gauche se trouve Myongbujeon, bâtiment destiné à la prière pour les âmes des morts. Sa date de construction est inconnue.

 

 

 

 

 

 

 

 


L'intérieur, particulièrement coloré, comprend 29 statues.































Entre Myongbujeon et Daeungjeon se trouvent deux petits bâtiments. L'un (coupé à gauche sur la photo) s'appelle Yaksajeon et il semble avoir été conçu comme un modèle réduit de Daeungjeon. Le second (au milieu de la photo) a servi, suivant les époques de lieu de prière ou d'habitation.

 

 

 

 



Une cloche très ancienne est conservée à Jeondeungsa, abritée sous un toit reposant sur quatre colonnes, face à Myongbujeon. Cette cloche a été fabriquée en 1097 en Chine. De ce fait, sa forme est très différente des cloches fabriquées en Corée (je crois que les cloches coréennes sont en général plus arrondies). Cette cloche présente un important décor de motifs géométriques et de nombreuses inscriptions aujourd'hui illisibles.





















Avant de quitter Jeondeungsa, il est agréable de prendre un petit chemin qui monte au-dessus de Myongbujeon. Il permet d'observer le temple au milieu de son cadre naturel très bien préservé.

Publié dans patrimoine

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article